(La lettre ouverte a été publiée dans Le Journal de Montréal du 27 juin 2026)
Depuis des décennies, chaque proposition visant à moderniser le transport de passagers au Canada se heurte au même réflexe : annoncer d’emblée que ce sera trop cher, trop compliqué ou inutile. Résultat ? Nous sommes toujours là où nous étions il y a trente ans, avec un réseau ferroviaire qui peine à concurrencer la voiture et l’avion entre nos grandes villes.
64 % de la population québécoise est en faveur du projet d’Alto, mais certains voudraient déjà voir le projet de train à grande vitesse dérailler. Pourtant, nous ne connaissons toujours pas son coût réel, son tracé définitif, ses prévisions d’achalandage, ses tarifs ou son modèle de financement. En réalité, nous sommes invités à rejeter un projet dont les paramètres fondamentaux restent à définir.
Comme organisations sociales, environnementales et de mobilité, nous refusons cette logique. Nous ne demandons pas que le TGV soit construit à n’importe quel prix. Nous demandons qu’on laisse les études aller à leur terme afin que le débat public puisse reposer sur des faits plutôt que sur des spéculations.
Enjeux et préoccupations
Car oui, des questions importantes demeurent. Le projet devra s’intégrer efficacement aux réseaux de transport locaux et régionaux. Son financement ne devra pas siphonner les ressources nécessaires au maintien et au développement des transports collectifs urbains déjà gravement sous-financés. Le tracé devra minimiser son impact sur les milieux naturels et les terres agricoles. Des mécanismes de concertation avec les collectivités devront être mis en place pour assurer la prise en compte des préoccupations locales tout au long du processus. Les personnes et les milieux affectés par les impacts de sa construction devront être compensés rigoureusement. Ces enjeux sont réels et nous attendons des réponses convaincantes d’Alto et du gouvernement sur ces questions fondamentales.
Mais aucune de ces préoccupations ne justifie d’abandonner le travail avant même d’avoir obtenu les réponses.
À force de repousser les projets structurants, nous entretenons une forme de résignation collective. Nous acceptons que les déplacements entre Québec, Montréal, Ottawa ou Toronto demeurent plus lents et moins performants que dans une multitude de pays comparables. Nous nous condamnons à voir croître notre dette écologique en finançant l’expansion d’infrastructures aéroportuaires et autoroutières dont le coût dépasse largement l’investissement requis pour les rails. Nous nous habituons à penser petit alors que les défis climatiques, économiques et démographiques exigent exactement l’inverse.
Il est temps de sortir de l’impasse.
Les études en cours détailleront les conditions de réalisation du TGV. Selon Alto, elles évalueront « les effets potentiels du projet et définiront, au besoin, des mesures pour éviter, réduire ou compenser les impacts, tout en maximisant les bénéfices pour les communautés ». Elles fourniront également un cadre de discussion pour la recherche du meilleur équilibre entre mobilité durable, protection de l’environnement, desserte régionale et efficience des fonds publics. Dans tous les cas, elles nous feront progresser.
Le seul scénario perdant est celui où nous renonçons à produire les connaissances nécessaires et où nous condamnons le projet sur la base d’intuitions, sans nous donner les moyens de construire un consensus éclairé entre les parties prenantes.
Une société ambitieuse ne craint pas les études ; elle craint les décisions prises dans l’ignorance.
Le travail d’Alto mérite donc d’être poursuivi. Non pas parce que le train à grande vitesse est inévitable, mais parce que les citoyens ont droit à une analyse complète avant que leurs gouvernements prennent une décision finale aussi importante.
Le véritable gaspillage n’est pas de poursuivre cette planification. Ce serait de continuer à reporter, année après année, toute réflexion sérieuse sur l’avenir du transport de passagers entre nos grandes villes.
Le Québec et le Canada ont assez attendu. Laissons les faits parler avant de choisir notre destination.
Co-signataires :
- Fabien-Kenzo Sato, directeur général, Conseil régional de l’environnement de Montréal
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Maggie Harvey, directrice générale, Trajectoire Québec
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Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales, Équiterre
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Lauréanne Daneau, directrice générale, Conseil régional de l’environnement Mauricie
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Kassandra Martel, directrice générale, Conseil régional de l’environnement de Lanaudière
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Jean-François Rheault, président-directeur général, Vélo Québec
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Sandrine Cabana-Degani, directrice générale, Piétons Québec
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Patrick Robert-Meunier, Réseau des centres d’expertise en mobilité (RCEM)
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Chaïma Ben, directrice générale, Centre d’écologie urbaine
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Marie-Eve Dontigny, directrice générale par intérim, Conseil régional de l’environnement de Laval
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David Paradis, codirecteur général, Vivre en Ville